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Le lundi 24 juin 2002, par Gilles G. Jobin

L’Éthique hacker

« Je définis les hackers au sens originel du terme : ces gens fascinés par la programmation et qui veulent partager leur connaissance avec les autres. J’ai étudié les discours des gens qui ont conçu l’Internet, le World Wide Web, Linux : Vinton Cerf, Tim Berners-Lee, Linus Torvalds, la communauté des hackers en général. Les mêmes mots reviennent toujours : la passion, le jeu, le plaisir, l’échange et le partage. Cette attitude des hackers s’oppose radicalement à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, et qui domine le monde d’aujourd’hui : celle du travail comme devoir, comme valeur en soi. Où vous devez juste effectuer votre travail, peu importe en quoi il consiste. Où la souffrance est même assez noble. Cette attitude caractérise l’ère industrielle. Dans l’éthique hacker, vous faites quelque chose que vous trouvez intéressant et gratifiant en soi, grâce auquel vous pouvez vous réaliser et créer quelque chose qui a une valeur sociale. » (P. Himanen, dans Libération, 25 mai 2001)

L’Éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information de Pekka Himanen est un excellent livre (mais assez mal traduit...) publié chez Exils Éditeur en 2001. Voici quelques citations (vous en trouverez un peu plus sur mon site) que j’ai relevées au fil de ma lecture :

Puisque la vie au travail a été optimisée au maximum, le besoin d’optimisation se propage à l’ensemble de nos autres activités. Même au repos, on n’est plus libre d’« être » ; on doit « être en train ». Par exemple, seul un néophyte se relaxe dans avoir appris les techniques de relaxation. Ça ne se fait pas d’avoir un simple violon d’Ingres.(p.42)

La culture qui consiste à contrôler le temps de travail est une culture dans laquelle on considère les adultes comme des êtres incapables de prendre en main leur existence. Elle conçoit qu’il n’y a qu’une poignée de personnnes suffisamment mûres au sein de certaines entreprises et administrations pour se prendre en charge et que la majorité des adultes ne peuvent pas faire de même sans être couvés par ce petit groupe doté de l’autorité. Dans cet environnement, la plupart des êtres humains se trouvent condamnés à obéir. (p.53)

L’éthique hacker nous rappelle également que notre vie se déroule ici et maintenant au milieu de toutes ces tentatives pour minimiser l’individu et la liberté au nom du « travail ». Le travail est un élément de notre vie à l’intérieur de laquelle il doit y avoir la place pour d’autres passions. Modifier les formes du travail est un sujet lié à la fois au respect des travailleurs mais aussi au respect des êtres humains en tant que tels. Les hackers ne souscrivent pas à l’idée que « le temps, c’est de l’argent », préfèrant affirmer « c’est ma vie ». C’est précisément cette vie que nous devons embrasser pleinement et pas une version bêta et creuse. (p.53)

[...] l’être humain a besoin d’expérimenter le fait d’être un élément de Nous avec d’autres, d’être un Il ou un Elle respecté au sein d’une communauté et enfin d’être le Je particulier de quelqu’un d’autre. (p.61)

Pour les hackers, le mode caractéristique de fonctionnement administratif qui consiste à avoir des réunions sans fin, à créer des commissions pour un oui ou pour un non, à rédiger des rapports sans intérêt, etc., avant que quelque chose ne soit entrepris est au moins aussi pénible que de lancer une étude de marché pour justifier une idée avant de commencer à travailler dessus. Cela irrite autant les scientifiques que les hackers quand l’université se transforme en monastère ou en bureaucratie administrative. Toutefois l’absence relative de structures ne signifie pas qu’il n’y en a pas. En dépit de son tumulte apparent, le hackerisme n’existerait pas plus dans un état d’anarchie que la science. Les projets hacker et scientifique ont leurs personnalités phares qui servent de guide à l’image d’un [Linus] Torvalds dont la tâche est d’aider à déterminer l’orientation et à soutenir la créativité des autres. (p.80)

La liberté d’expression est un moyen pour devenir membre actif de la société, recevant et articulant différentes opinions. La vie privée assure à chacun la possibilité de se créer un style de vie personnel alors que la surveillance est utilisée pour persuader les gens de vivre d’une certaine façon ou pour refuser la légitimité à des modes de vie en passe de s’implanter. L’auto-activité met l’accent sur la réalisation d’une passion personnelle au lieu d’encourager une personne à être un simple receveur passif. (p.108)

[...] seule la mise ne place d’un modèle de travail actif assure l’existence d’un loisir actif. En devenant responsables dans leur travail, les individus peuvent devenir des créateurs actifs pendant leurs loisirs. L’absence de passion pendant les loisirs est doublement tragique. Elle résulte d’un manque de passion pendant les heures de travail et la vie centrée autour du Vendredi est de plus en plus absurde. Gérés de façon externe dans leur travail, les gens attendent le Vendredi pour avoir plus de temps pour regarder la télévision et être divertis de façon externe. Les hackers, en revanche, utilisent leur temps libre - le Dimanche - comme une opportunité pour réaliser leurs passions personnelles différentes de celles qu’ils poursuivent dans leur travail. (p.110)

Les changements fondamentaux sont toujours venus d’individus qui prêtaient attention aux autres. (p.132)

3 Messages de forum

  • 18 août 2002 08:01, par Clément

    Bonjour M. Jobin,

    Incroyable que je tombe sur ce texte où vous citez Pekka Himanen, que je ne connaissais pas.

    J’ai terminé la rédaction d’un texte qui va *tout à fait* dans le même sens au cours des derniers jours.

    C’est une bien belle surprise ce matin.

    Me suggérez-vous la lecture du livre entier, ou si vous estimez m’en avoir livré l’essentiel dans votre texte (et sur votre site) ? ;-)

  • 30 août 2004 21:48, par Darkside91

    Je vais acheter ce livre quel qu’en soit le prix. D’après les divers passage cité nous pouvons entrevoir le fais que l’homme est un organisme vivant et non une machine sans cervelle qui ne travaille que pour l’argent.

    Darkside91

  • 30 mars 2005 17:38
    J’estime que le contenu de ce livre n’apporte rien de plus au monde des hackers ni a ceux qui veulent le comprendre non plus. Il ne fait que décrire une image déformée d’un passé perdu et désuet.

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