LinuxÉdu-Québec

Accueil À propos de nous Contact Plan du site
Accueil du site > Système d’exploitation > Mythes et réalités à propos des terminaux X

Le jeudi 18 décembre 2003, par Benoit St-André, Gilles G. Jobin, Jean-Pierre Tremblay, Pierre Couillard, Pierre Lachance

Mythes et réalités à propos des terminaux X

Réponse à un texte sur l’Infobourg : « Nos enfants : observateurs ou dans le feu de l’action ? »

Note au lecteur : les citations en caractères gras sont tirées d’une lettre de M. Jean Sylvestre publiée dans l’Infobourg et nous donnons dans le présent article notre point de vue par rapport à cette lettre.


Il n’est pas simple d’intégrer les TIC dans l’apprentissage des élèves. Encore moins si on fait une échelle de bonnes et mauvaises technologies à intégrer !

L’aspect réseau n’est pas encore très bien connu, que ce soit au niveau des applications réseaux, comme SPIP, Wiki, forum de discussion, ou encore au niveau des topologies de réseau comme celle du terminal-serveur. Nous profitons ici de quelques affirmations de M. Sylvestre pour corriger ce qui nous apparaît être des erreurs de conception trop souvent véhiculées.


À propos des terminaux X

« Si on souhaite simplement avoir un « téléviseur » qui sera passivement regardé par les jeunes, le terminal avec un bon serveur peut être une solution. »

Un terminal n’est pas vraiment un téléviseur. En fait, si mon téléviseur me permettait de faire tout ce qu’un terminal actuel peut faire, probablement que le monde de l’éducation serait justement en mode production de contenu plutôt qu’en mode consommation. Vous semblez croire que les élèves travaillant avec ce type d’environnement sont assis complètement passifs devant leur écran et regardent le spectacle que l’enseignant fait sur le serveur. C’est malheureusement une bien mauvaise conception de ce que peut offrir ce type de configuration technologique à nos milieux éducatifs. Grâce à une topologie serveur-terminal les élèves peuvent non seulement naviguer sur le web, mais également produire les mêmes choses qu’un élève avec un poste autonome. Un terminal n’est pas simplement un écran. C’est tout juste une répartition différente de l’exécution d’une application sur une machine distante au lieu de le faire localement. Par contre, on pourra toujours (comme pour le téléviseur) se demander ce que fait un jeune assis devant un terminal (ou un portable, ou un téléviseur).

L’image du téléviseur prévaut autant pour un jeune qui serait assis devant un poste autonome. Comme pédagogue, vous serez sûrement d’accord avec nous en disant que c’est l’intention pédagogique qu’entretient l’enseignant et les situations dans lesquelles il placera l’élève qui feront qu’il sera actif et non pas la quincaillerie que le jeune utilise.

Probablement que vous vous empresserez de dire « et les vidéos » ? On croit que ce type de production peut aisément se faire sur un ou deux postes dédiés à ce type de travail (ou tout autre montage multimédia). Il ne s’agit pas de préférer une technologie à une autre mais nous pensons qu’il existe déjà un éventail de technologies adaptées pour ces travaux multimédia spécialisés. De plus, il ne faudrait pas croire que si nos élèves ne font pas de montages vidéos lors de leur passage préscolaire, primaire et secondaire dans nos écoles que ceux-ci seront « des analphabètes technologiques ». Il existe une pléiade de technologies accessibles dans nos écoles autre que la vidéo (GPS, sondes, serveurs web, logiciels spécialisés dans le domaine de l’animation 3D, de la musique, etc.), ne faisons pas l’erreur d’en exclure.

« De plus, il n’y a pas de place dans les classes pour un terminal par élève. »

Qui a dit qu’il devrait y avoir un terminal par élève ? Les classes du Québec qui utilisent la technologie des terminaux X ont entre 4 et 8 ordinateurs par classe ce qui oblige les élèves à se partager les tâches. N’oublions pas que dans une situation d’apprentissage, les TIC ne devraient pas être les seuls outils disponibles pour atteindre les buts pédagogiques. Car dans une pédagogie plus ouverte où nous voulons faire développer des compétences à nos élèves, il est faux de dire que tous les jeunes auront besoin de faire les mêmes actions en même temps. Nous ne visons pas l’exercisation mais plutôt l’intégration des différents outils à des tâches réelles et signifiantes.

D’un autre côté, il y a une vraie classe de deuxième cycle du primaire à l’école du Sacré-Coeur de Masson-Angers en Outaouais (CS au Coeur-des-Vallées) avec 30 terminaux !!! Les élèves vivent quotidiennement avec ces ordinateurs. Il serait intéressant pour vous de visiter le site www.linuxeduquebec.org pour y lire deux articles [1] [2] publiés à ce sujet. Vous pouvez aussi visiter le site web de l’enseignant travaillant à ce projet (www.classelinux.ca).

À la commission scolaire de la Beauce-Etchemin, une telle solution est en croissance. Les intervenants en TIC s’aperçoivent que pour faire « avancer et progresser » l’intégration des TIC dans l’apprentissage des élèves (donc pour qu’un jour on puisse penser éventuellement à avoir un portable utilisé par élève), ceux-ci doivent être en contact avec les technologies en classe où se déroulent les situations d’apprentissage. Ce que permettent les terminaux X aujourd’hui.

Par ailleurs, vous semblez avoir des ressources financières dédiées à l’investissement en informatique pédagogique fort importantes dans votre commission scolaire ce qui n’est malheureusement pas le cas partout. Nous ne sommes pas là pour juger des choix faits par les gens dans ces milieux, mais bien pour leur proposer des solutions alternatives intéressantes, viables et adaptées à leurs besoins et à leurs ressources. Jusqu’à maintenant, les commissions scolaires ayant fait ce choix technologique pour la pédagogie ne sont pas déçues.

À propos de la pédagogie

T = Profs et élèves s’habilitent à utiliser la technologie. Ils ne doivent pas se buter à 50 mots de passe.

Donc, pour le « T », les terminaux sont « ZÉRO » ! Ils sont montés par un spécialiste et il n’y a pas un prof ordinaire, et encore moins un élève, qui puisse manipuler cette technologie.

Sauf exception, ce sont toujours des spécialistes qui montent les ordinateurs dans le milieu scolaire. La manipulation que doivent faire les élèves est de l’ordre de l’exploitation des technologies, de leur utilisation. Si un enseignant doit en plus comprendre toute la technologie derrière et en plus, devoir l’installer, on dépense une énergie énorme qui s’éloigne de plus en plus de la pédagogie. Par contre, certains élèves peuvent devenir suffisamment compétents pour comprendre la technologie des terminaux X et de GNU/Linux si on leur en donne la chance. Le projet « Pingouin.ca » (ProTIC) en est une preuve.

Par ailleurs, l’exemple de l’école du Sacré-Coeur montre 25 élèves qui utilisent tous les jours une suite bureautique libre et l’Internet. Ce sont des élèves du primaire qui « manipulent », qui utilisent, qui exploitent pleinement les TIC. Ils ont aussi accès à toute une gamme de logiciels libres. Et tout ça grâce à des terminaux.

En utilisant des terminaux X dans nos écoles, nous assisterons à la démocratisation des ressources informatiques et il sera facile pour tous de les utiliser.

I = Information... Il ne faut surtout pas oublier le multimédia (texte, images, sons, vidéo).

Au niveau du « I », avec un terminal, on en reste au texte car on ne peut pas y brancher une caméra vidéo.

Avec un terminal, on peut lire du texte, voir des images, écouter du son, et regarder des vidéos (et oui, les gens de Levinux en ont fait la démonstration éclatante à l’AQUOPS l’an dernier, à partir de terminaux neufs coutant autour de 200$ pièce.). On peut déjà brancher des caméras photos numériques sur des terminaux. Brancher une caméra vidéo ? Peut-être pas. Mais qu’est-ce qui empêche de disposer d’un portable dédié à ces tâches multimédia en même temps que de quelques terminaux ?

C = Communication... Télé-collaboration, vidéo-conférence, etc...

Au niveau du « C », on peut utiliser des outils télé-collaboratifs de base avec le terminal, mais les possibilités demeurent limitées.

Qu’est-ce qu’un outil télécollaboratif « de base » et qu’est-ce qui n’est pas « de base » ? Ne serait-ce pas l’utilisation qu’on en fait qui détermine cela ?

Parmi les possibilités que vous énumérez, celle qui n’a pas encore été testée est la vidéo conférence. Mais peu importe la technologie (portable, poste autonome, terminal), cette possibilité est très difficile à réaliser entre les commissions scolaires (problème d’adressage des réseaux privés). Prenez par exemple les difficultés rencontrées par le projet des écoles éloignées en réseaux (voir l’étude sur les proxy du RTSQ). La télécollaboration basée sur l’échange en direct ou en différé d’informations (textuelles, images, sons, etc.) a toute sa place peu importe la technologie, incluant celle du terminal.

À propos du budget

« Personnellement, j’aime mieux la solution des labos de portables mobiles sans fil... C’est une alternative qui n’est pas trop dispendieuse. »

Nous aussi ;o) Par contre, affirmer que c’est une solution pas trop dispendieuse, c’est méconnaitre les coûts des solutions de portables versus les terminaux X. Dans plusieurs cas, les finances font qu’une solution de terminaux amènerait un nombre convenable 4 à 5 fois plus important de machines. Quand le nombre que l’on multiplie est 1 (ou c’est 5 terminaux, versus 1 seul portable), la question se pose grandement.

Un terminal fait à partir d’un ordinateur recyclé est souvent un appareil qui coûte moins de 50$. Selon les chiffres de l’école Sacré-Coeur, on parle de 8000$ pour 25 postes incluant le serveur (qui est souvent une dépense supplémentaire pour des postes autonomes), la formation et l’installation (donc, environ 300$ par poste). Dans ce cas, on n’a pas récupéré des appareils déjà en place dans l’école, mais qui étaient jugés désuets, auquel cas l’économie aurait été supérieure. Le projet MILLE mis en place par une série de partenaires du milieu de l’éducation au Québec a d’ailleurs une composante terminal/"thin client" pour laquelle une solution de clustering serait avancée, ce qui permettrait de fournir des centaines de terminaux simultanément.

On ne doit pas oublier non plus que les terminaux X ne seront jamais la seule technologie mis en place dans les écoles. On doit tirer profit de toutes les technologies disponibles. Cependant, les terminaux sont des appareils qui peuvent très bien faire l’affaire pour au moins 85% des tâches à réaliser avec les TIC.

Pour finir ce point, c’est également une belle solution écologique pour des appareils laissés de côté dans les écoles (des Pentium 100 et plus) qui vont souvent être sous utilisés ou carrément aller polluer nos dépotoirs en étant jetés sans même être considérés.

« Arrêtons de parler de terminaux bébêtes pédagogiquement. Je voudrais que l’on se donne les moyens de fournir les bons outils à tous nos jeunes, avec du contenu numérique de qualité. »

On détourne ici le propos vers le contenu numérique ! Pourquoi ? Quel est le lien entre les terminaux X et le contenu numérique ? Car après tout, un terminal peut « voir » tout le contenu numérique produit. Les postes, peu importe leur technologie, du pingouin, de la « fenêtre » ou de la « pomme » n’ont jamais été porteurs de contenus intrinsèques !

De plus, vous dites que vous voulez que les élèves « produisent », et là vous voulez qu’ils « consomment » du contenu produit par d’autres. On remarque qu’il est difficile de changer de paradigme !

Question : est-ce la technologie qui peut être bête [3] ou est-ce ce qu’on en fait qui la rend bête ?

« Remontons nos producteurs de contenus de qualité au sommet des ventes afin de garder cette belle énergie pour nos jeunes. »

Encore ici, quel est le lien entre le contenu numérique et les jeunes ? Le programme de formation ne veut-il pas davantage amener les apprenants à produire plutôt que consommer ? C’est d’ailleurs le titre de l’article de l’Infobourg.

Lorsque les élèves construisent leurs apprentissages à l’aide d’outils comme un portfolio numérique [a href=http://cyberfolio.org], un plan individuel de formation informatisé [a href=http://www.cyberpif.net],un Wiki [a href=http://linuxeduquebec.org/article.php3?id_article=150], un SPIP [a href=http://linuxeduquebec.org/rubrique.php3?id_rubrique=25], un forum de discussion [a href=http://linuxeduquebec.org/article.php3?id_article=96], un portail incluant plusieurs outils de télécollaboration [4], ne sont-ils pas dans l’esprit du programme de formation ?

Si l’enseignant est prêt à intégrer la vidéo, un bon « Apple » fera son bonheur. Mais avons-nous besoin de 30 appareils semblables pour quelques heures de projets vidéo par année ?

Nous croyons aussi qu’il y a une belle énergie chez les élèves et les enseignants. Et les terminaux X, en permettant à tous l’accès aux ordinateurs, peuvent mettre en valeur ces énergies.

« Que l’on arrête d’investir des millions pour se payer du code GRATUIT [...] »

Nous ne savons pas où se trouvent ces millions dont vous parlez car, il faut bien le dire, les gens qui construisent en communauté et en collaboration des logiciels LIBRES (et gratuits, mais libres d’abord) aimeraient certainement en profiter ! Cependant nous croyons qu’il faut investir dans des projets libres [5]. Cela ne peut qu’encourager la qualité et la perennité des applications (et du contenu) développées. De plus, le code ouvert assure qu’on puisse le modifier pour tenir compte des besoins spécifiques de l’utilisateur ou du milieu. Le code ouvert permet aussi aux élèves de voir « sous le capot » la solution à un problème. C’est le principe même de la « liberté » en informatique. Mais, comme dit ailleurs dans ce texte, ceci est un autre débat et a très peu à voir avec le déploiement de terminaux X.

Nous ne pouvons cependant laisser ce point sans vous citer Richard Stallman (Paris, 1998) :

Je peux décrire l’idée du logiciel libre en 3 mots : liberté, égalité et fraternité.

Liberté : La liberté de faire des copies, de diffuser des copies, de donner des copies aux autres, aux copains, aux gens qui travaillent avec vous, aux inconnus. La liberté de faire des changements pour que le logiciel serve à vos besoins. La liberté de publier des versions améliorées telles que la société entière en reçoive les bienfaits.

Fraternité : Avec le logiciel libre, nous encourageons tout le monde à coopérer, à s’entraider.

Égalité : Tout le monde possède les mêmes libertés en utilisant le logiciel, il n’y a pas de situation ordinaire où un patron est tout puissant sur ce logiciel, et tout le reste du monde est complètement impuissant, tout à fait restreint en utilisant ce logiciel.

Cette définition nous apparaît tout à fait en concordance avec les valeurs éducatives de notre société et de celles véhiculées par le programme de formation de l’école québécoise. En ce sens, le logiciel libre mérite certainement plus d’investissements.

« [...] ne serait-il pas temps de se « grouiller le cul », comme le dirait la chanson... »

Quand vous parlez de « se grouiller le c... », qui avez-vous en tête ? Les commissaires ? Les gestionnaires ? Le Ministre de l’Éducation ? Le RÉCIT ? Les enseignants ? Les conseillers pédagogiques ? Selon nous, toutes ces personnes ont leurs contraintes. Par contre, les initiatives de mettre en place des solutions comme des terminaux X ne devraient pas être denigrées, car les commissions scolaires ayant adopté ce type de technologie agissent d’une façon fort responsable.

Conclusion

Idéalement, tous les éleves et tous les enseignants devraient avoir un accès régulier à un poste de travail, qu’il soit un portable, un poste autonome ou un terminal. En attendant cet idéal, nous favorisons une utilisation écologique des appareils mis de côté (qui appartiennent déjà à notre société) pour en faire des terminaux X. Nous favorisons également une logique de gestion responsable des ressources que nous avons, et une ouverture face aux technologies disponibles, mais aussi à leur utilisation variée. Ce qui ne veut pas dire, nous le répétons, qu’il ne doit y avoir que des terminaux X dans les écoles.

Par ailleurs, il ne faut surtout pas oublier notre mission, soit la réussite de tous les élèves. En leur permettant un accès croissant aux technologies, à l’Internet, à des logiciels libres de qualité, nous contribuons activement à la réussite de cette mission. À notre avis, l’École doit se garder de rentrer dans une logique consumériste. Face aux besoins des établissements scolaires, les moyens requis doivent rester insensibles à tout effet de mode ou à la promotion des industriels du secteur. Nous croyons que les logiciels libres offrent la perennité matérielle en permettant de continuer à utiliser des ordinateurs plus anciens et peu coûteux. Ils offrent également la pérennité logicielle car il n’est pas nécessaire d’acheter la dernière version d’un logiciel pour bénéficier des éventuelles améliorations. Ces améliorations peuvent être développées sans attendre le bon vouloir d’un éditeur (ou d’une société !) et être immédiatement partagées avec les utilisateurs de la planète. N’est-ce pas là aussi notre mission : partage des connaissances et contribution au savoir mondial ? [a href='http://lsm.abul.org/program/topic14/topic14.php3?langnew=fr']

P.-S.

L’article sur l’Infobourg

Le présent texte a été co-construit par les auteurs à l’aide des outils de télécollaboration suivants : SPIP, Jabber (clavardage) et le courrier électronique. De plus, les logiciels GIMP et OpenOffice.org Draw ont été utilisés pour les images. Tous des logiciels libres, exploitables (entre autres) avec des terminaux X.

Notes

[1] EduLinux au primaire dans l’Outaouais

[2] Expérimentation et performances d’Édulinux au primaire

[3] Prière d’excuser le mot un peu fort, mais comme il a été utilisé dans la note de M. Sylvestre...

[a href=http://cyberfolio.org] Le Cyberfolio, un portfolio numérique sous licence GPL

[a href=http://www.cyberpif.net] Le CyberPif

[a href=http://linuxeduquebec.org/article.php3?id_article=150] Wikini sur LinuxÉdu-Québec.org

[a href=http://linuxeduquebec.org/rubrique.php3?id_rubrique=25] Une rubrique complète sur SPIP

[a href=http://linuxeduquebec.org/article.php3?id_article=96] phpBB, pour mettre en place un forum de discussion

[4] À noter que tous ces outils sont accessibles avec des terminaux

[5] Lire notre série d’articles sur le libre en éducation dans la section « Documentation et réflexion »

[a href='http://lsm.abul.org/program/topic14/topic14.php3?langnew=fr'] Logiciels libres pour l’éducation

4 Messages de forum

  • 18 décembre 2003 16:07

    Bonjour Messieurs,

    Je tiens à vous féliciter pour votre réaction aux commentaires de monsieur Sylvestre. Je crois qu’il a de bonnes intentions mais qu’il parle un peu à travavers son chapeau lorsqu’il parle des Terminaux X. Heureusement, vos précisions vont remettre les pendules à l’heure.

    Je crois aussi que le lien (non dit) qu’il fait entre les $$$ investis dans des projets de développement de solutions libres et la misère des producteurs de contenu numérique est un peu tiré par les cheveux.

    Je tiens toutefois à souligner le courrage de monsieur Sylvestre lorsqu’il dénonce les commissions scolaires qui dépensent plusieurs milliers de dollars en logiciels de gestion et presque rien en pédagogie. À cet effet cependant, je comprends mal qu’il soit contre l’investissement dans le développement d’alternatives administratives vers le logicel libre qui visent précisément à faire diminuer les coûts des logiciels de gestion afin de dégager des budgets informatiques pour la pédagogie.

    Pour terminer, je crois que toutes et tous nous travaillons à procurer à nos élèves les meilleures solutions possibles (selon nos valeurs et nos moyens) et que c’est en confrontant nos idées que nous grandissons.

    Je profite aussi de l’occasion pour vous souhaiter un Joyeux temps des Fêtes !

    Alain Houle Animateur, Récit local, Commission scolaire de la Capitale

  • 18 décembre 2003 17:03, par Jean-Michel Dault

    Tout d’abord, je suis 100% d’accord avec la réponse de Messieurs, Lachance, St-André, Jobin, Tremblay et Couillard.

    Mais je remarque également que M. Sylvestre a peut-être conception erronée des terminaux X basée sur des implantations Linux faites par des bénévoles avec des vieux ordinateurs, un budget quasi-inexistant, et une faible implication des TIC.

    C’est pourquoi je me concentrerai ici sur l’aspect technique des terminaux, en démystifiant certains mythes...

    Mythe #1 : un terminal est un téléviseur qui sera passivement regardé par les jeunes. Réalité : L’analogie ne tient pas. Un téléviseur ne fait que recevoir de l’information, tandis qu’un terminal est un dispositif permettant de prendre le contrôle d’un serveur. Une analogie télévisuelle plus appropriée serait de comparer le serveur X à un satellite de communication et le terminal à une unité mobile de production. Chaque unité mobile de production est assignée un canal de transmission pour transmettre ses reportages, et peut en même temps avoir accès aux canaux des autres unités mobiles, s’ils possèdent le décodeur satellite (permissions d’accès) appropriées.

    Mythe #2 : La solution des terminaux ne permet pas de manipuler, modifier, agencer de l’information Réalité : n’importe quel terminal, même un appareil recyclé, permet de manipuler, modifier et agencer de l’information texte ou des images. Par exemple OpenOffice pour les textes et les présentations, Mozilla Composer ou Bluefish pour les pages web, Gimp et Sodipodi pour les graphiques. Avec les applications serveur appropriées, soit Spip, Wiki, uPortal, on peut même publier collaborativement des documents et avoir une gestion des flux (édition, révision, correction).

    Mythe #3 : les terminaux ne supportent pas le multimédia (son, vidéo) Réalité : bien qu’il soit assez difficile de faire de la vidéo sur un vieux 486 recyclé, il existe des solutions hybrides de terminaux, dites "clients lourds", qui permettent une exécution locale d’applications. Un Pentium 2 fait très bien l’affaire pour du son, un P3 ou plus est suggéré pour la production vidéo. Audacity permet d’enregistrer, éditer et diffuser des fichiers sonores. Des applications telles que Broadcast 2000 permettent de faire la même chose, mais en vidéo. On peut facilement brancher une caméra vidéo, notamment à peu près n’importe quelle webcam, et les cartes à base de puce BT848, telle la Hauppauge WinTV, permettent n’importe quelle caméra avec prise RCA, S-Vidéo, ou même sortie coaxiale.

    Mythe #4 : un labo de portables mobiles sans fil n’est pas dispendieux Réalité : Un portable mobile sans fil coûte à peu près $1500. Pour le même prix, on peut avoir un bon serveur X (P4 2.4, 512 megs, 120 Gigs), parfait pour le multimédia, avec une carte de capture vidéo, plus une douzaine de terminaux recyclés (OPEQ ou dons), auquels on rajoute une SoundBlaster PCI ($20 chaque). Avec cette configuration, chaque élève peut éditer de la vidéo, puisque chaque élève a accès à la caméra branchée sur le serveur.

    Mythe #5 : les élèves et les profs ne peuvent pas manipuler la technologie, et doivent gérer 50 mots de passe. Réalité : Il y a deux infrastructures informatiques en place : l’architecture administrative, et l’architecture pédagogique. La première est du domaine des Services Informatiques, et concerne principalement les serveurs de fichiers et les serveurs d’authentification, et il est hors de question d’en laisser accès à n’importe qui. Par contre, l’architecture pédagogique est du domaine de l’école, et peut être accessible aux élèves et enseignants. Il est facile pour un prof ou même un élève d’installer un serveur Linux, et de donner accès à des applications spécialisées. Un terminal peut accéder à plusieurs serveurs, en mode graphique grâce à X, VNC, Rdesktop, en mode Web, en mode texte grâce à SSH, et finalement, des serveurs tels que Samba et NFS permettent d’accéder à des disques réseau.

    Mythe #6 : il n’existe pas d’applications de communication multimédia en terminaux X. Réalité : Une application telle que VNC permet à plusieurs personnes d’interagir sur une même session écran. VNC est disponible sous toutes les plateformes, incluant même les PALM, et les vieux 286 qui roulent encore NewDeal. Pour ce qui est de la vidéoconférence, GnomeMeeting est très facile à utiliser, et supporte à peu près toutes les webcam USB.

    En conclusion, vous parlez de "millions" investis pour du code gratuit. Ces millions, où sont-ils ? La presque totalité des implantations Linux qui ont été faites au Québec l’ont été par des bénévoles, en utilisant des logiciels gratuits, des ordinateurs gratuits.

    Les rares fois où il y avait un budget pour l’intégration Linux, la majeure partie a été dédiée pour des aménagements (prises électriques, câblage), acheter de l’équipement réseau, quelques composantes et un serveur à l’occasion. Ces millions, je vous le demande encore, où sont-ils ?

    Ces millions sont dépensés en licenses Windows, en "frais de location" de Collaba, en licenses MacroMedia, en développement du logiciel GPI qui, en passant, demande une license SQL server pour chaque usager.

    Mais quand vient le temps d’acheter des cartes de son à $20, d’embaucher des techniciens pour les installer, de payer un peu de recherche et développement pour intégrer des applications multimédias dans un cours, on se fait dire que ça n’est pas prioritaire et qu’il faut faire avec ce qu’on a.

    Vous semblez avoir un budget illimité pour vous payer des laptops avec réseau sans fil, du contenu multimédia, des caméras vidéo... Vous devriez nous donner votre truc ;-)

  • 19 décembre 2003 00:53, par René Rancourt

    C’est afin de faire une preuve de concept sur les bénéfices tangibles afférents à l’utilisation des logiciels libres et des terminaux légers que le projet Mille à été crée. Http ://www.mille.ca

    On remarque par la polémique qu’engendre ces discussions, que le modèle « libre » n’est pas encore compris, même dans les milieux technologiques, Et c’est peut-être parce que personne n’a voulu ou n’a pu encore démontrer systématiquement et objectivement la pertinence et les avantages de ces nouvelles approches, de ces nouveaux modèles d’affaires.

    C’est uniquement par une analyse objective faite selon les « règles de l’art » que nous pourrons démontrer les bénéfices et les contraintes réelles que nous apporte ce modèles non conventionnel. Pour ce faire nous sommes associés au CRIM (Centre de Recherche en Informatique de Montréal ) qui fait la gestion du projet tout en offrant des outils reconnus de mesure et de contrôle.

    Nous n’avons plus le choix ! Le modèle d’affaire classique, qui nous oblige à changer nos postes et nos logiciels à tout les quatre ans ; celui qui fait qu’un Pentium II qui ne peut utiliser Windows XP et dont le Windows 98 n’est plus supporté ; ce modèle doit être repensé. Ce que nous impose les fabricants d’ordinateurs et les compagnies de logiciels propriétaire est devenu un gouffre entraînant des coûts perpétuels. Ainsi, nous estimons que seulement au Québec près de $10M annuellement sont envoyés par les commissions scolaires à la célèbre firme de Seatle.

    Aussi, je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut se passer rapidement de postes lourds. Par contre on peut certainement faire bénéficier nos élèves d’un plus grand nombre de terminaux légers. Tout en augmentant la « durée » de vie des postes en les passants de lourds à mi-lourds à légers. Le modèle que l’on met en oeuvre implique une architecture réseau à large bande, un mécanisme de mise-en-grappe (clustering) le tout basé sur des logiciels libres comme LTSP et OSCAR.

    La pierre angulaire au niveau du contenu tourne autour d’un portail. Libre. Utilisant des normes ouvertes, XML-XSL et éventuellement la norme Portlet. Le moteur basé sur uPortal a bénéficié d’investissements majeurs de plusieurs millions de la part de fondations et d’université. Mépriser l’utilisation d’un telle technologie, sans l’avoir préalablement analysé objectivement n’est pas dans l’intérêt de la communauté et surtout de nos élèves.

    René Rancourt

    Coordonnateur en informatique

    Commission scolaire de Laval

    Membre de l’équipe de réalisation Mille (terminaux légers, Colibris et Portail)

  • 19 décembre 2003 11:47, par Eric Godbout

    Voila une réponse appuyée par des arguments solides. Bravo ! Il suffit d’avoir eu la chance d’expérimenter, ne serait-ce que d’utiliser quelques minutes, des terminaux X pour se rendre compte qu’ils n’ont rien à envier à des appareils neufs.

    Le plus important c’est de pouvoir placer les élèves en situation d’apprentissage et de leur rendre des ordinateurs disponibles. C’est l’enseignant qui fera toute la différence et non la technologie utilisée. Quand on décide de s’acheter une voiture, devrait-on se limiter qu’aux "GM" parce que c’est la seule marque que notre mécanicien connait bien ? Non, on choisi ce qui convient le mieux à notre budget et à nos besoins. De toute façon, on sait bien qu’on sera capable de conduire d’autres voitures plus tard même si quelques boutons ne sont pas aux mêmes endroits. Il faut développer les compétences transversales chez nos élèves, non la compétence à utiliser "Word 2000" sur "P4" roulant sous "XP Professeionnel".

    Joyeux Noël et Bonne Année à toute l’équipe de LinuxEduQuebec.


Applications | LinuxÉdu-Québec | Revue de presse | Projets | Événements - colloques | Réflexion et opinion | Système d’exploitation