« On a les autos (les ordinateurs), les autoroutes (Internet), mais on n’a pas d’essence (logiciels et cédéroms) », résume Gilles Bertrand, président d’Alliance NumériQC, un organisme regroupant quelque 200 éditeurs et entreprises spécialisés dans les contenus numériques.
[GJ] Comment peut-on encore aujourd’hui comparer les logiciels à de l’essence ? Comme si un ordinateur n’était fait que pour « consommer ». Un ordinateur aide un individu à réfléchir, à ordonner ses pensées, à aller plus loin dans ses représentations mentales. De plus, M. Bertrand gagnerait à ouvrir ses horizons aux logiciels libres. Il y trouverait une foule de logiciels très intéressants et, surtout, ouverts !
Le ratio enfants/ordinateur place les écoles québécoises parmi les meilleures au monde. Plus de 80 % des élèves sont branchés au réseau Internet de fibre optique à large bande. La formation des enseignants requiert encore des efforts soutenus. Mais l’accès aux logiciels et aux cédéroms éducatifs, lui, « fait tout simplement défaut ». C’est là que le bât blesse dans l’implantation de l’informatique à l’école.
[PL] Les élèves ont accès à une foule de contenu « dits » éducatifs (car tout contenu peut s’avérer éducatif) sur l’internet, et malgré cela, l’informatique « n’avance » que grâce à la formation et l’accompagnement des enseignants. Les derniers chiffres du ministère à propos des TIC dans l’apprentissage sont en hausse depuis 5 ans.
Depuis un an, ils multiplient les démarches auprès du ministre de l’Éducation pour lui expliquer ce qui cloche : les écoles du Québec n’ont pas assez d’argent pour acheter des logiciels éducatifs ou pour s’abonner à des sites Internet pédagogiques ; et la plupart des logiciels qu’elles réussissent à se procurer ne sont pas arrimés aux programmes et aux matières de base. La réforme, arguent-ils, serait le moment idéal pour tout uniformiser.
[GJ] C’est justement parce qu’on n’a plus d’argent qu’il faut se tourner vers les logiciels libres. Attention ! Je ne dis pas qu’on n’a pas besoin d’argent. Je crois cependant qu’on devrait l’inverstir à la bonne place. Par exemple, on pourrait investir dans du développement de logiciels libres. Le grand avantage est que les écoles n’auraient pas besoin de payer le fruit de ces développements. UNIFORMISER ??? Diable, mais c’est justement ce qu’on veut éviter à tout prix. Il faut, au contraire, que nos enfants soient stimulés et amenés à CRITIQUER les outils. Et, s’ils n’en sont pas contents, qu’ils puissent les MODIFIER ! La seule possibilité pour ce faire est d’utiliser les logiciels à code source ouvert. Je trouve ridicule qu’on veuille encore produire des cédéroms pour encarcaner la connaissance. Offrir des produits « uniformisés » simplifie sans doute la tâche des éditeurs, mais, comme le dirait Bobin : « Ce qui est fait pour tout le monde n’est fait pour personne. » [La folle allure] . Les élèves, ce ne sont pas tout le monde, ce sont des individus.
[MBJ] Un logiciel n’est pas éducatif en soi. On devrait plutôt promouvoir, dans l’esprit de la réforme, des utilisations éducatives de logiciels. Les sites internet, même les meilleurs, ne sont pas pédagogiques en soi ; l’utilisation qu’on en fait peut l’être.
Serge Carrier, président de CogniScience éditeurs, déplore que le ministère de l’Éducation (MEQ) n’ait pas de programme d’acquisition de matériel numérique. Les écoles n’ont pas de liste des logiciels et des cédéroms disponibles, soutient-il. En outre, aucun n’est évalué par le MEQ. Et le matériel adapté aux matières et aux programmes est rarissime, « surtout au secondaire ». Selon lui, « le contenu disponible sur Internet n’est pas nécessairement adapté à l’école ».
[GJ] Clairement, la suggestion de M. Carrier est la suivante : donnons des sous aux écoles pour qu’ils achètent du matériel numérique approuvé par le ministère. C’est en tout cas comme cela que ça se passe au niveau du matériel didactique. Autrement dit, finançons indirectement les éditeurs en forçant les écoles à acheter chez eux. Comme signaler plus haut, je suggère une autre stratégie : investissons dans le développement de logiciels libres. Donnons de l’argent aux développeurs qui, en échange, rendront leurs produits sous licence GPL. Cette licence permettrait aux écoles de s’appropier gratuitement les logiciels, et de les modifier à leur convenance. Amusons-nous à rêver un petit peu : Je suggère au ministre d’investir, sur trois ans, trois millions : 700.000$/année pour un équipe de développeurs-pédagogues compétents. 300.000$/année comme budget d’opérations Le mandat : produire des applications web libres pour les écoles du québec. Former des intervenants-multiplicateurs dans les régions.
Je suis convaincu qu’en trois ans, le Québec deviendrait un leader pédagoTIC mondial...
Rarissime. Qu’en sait-il ? Avec Google, on trouve un tas de choses très intéressantes. Évidemment, c’est pas toujours prédigéré : il faut réfléchir. Mais les élèves ont tant à apprendre lors de la sélection des informations. Pourquoi leur enlèverait-on ce plaisir d’apprendre ? Pas nécessairement adapté à l’école : je l’espère bien. Il faut qu’il soit adapté à la VIE ! Vous vous rappelez, il y a quelques années, le traitement de texte simplifié qu’on offrait aux élèves ? Bien sûr, il faisait du gras, de l’italique... Mais aussitôt qu’un élève voulait faire des colonnes, on lui répondait "Ben voyons donc, t’as pas besoin de faire des colonnes. T’es juste un élève !" alors qu’on avait, depuis belle lurette des traitements de textes performants. Mais, encore une fois, parce que c’était à l’école, on limitait les enfants à des logiciels dits "éducatifs". J’en avais, quant à moi, le haut-le-coeur.
[PL] Comment peut-on savoir d’avance les situations d’apprentissage que vivront les élèves, car dans le cadre de la réforme, un enseignant peut (certains diraient doivent) faire des situations interdisciplinaires, donc avec plusieurs contenus disciplinaires et des compétences différentes. Comme ce sont les écoles qui sont maîtres d’oeuvre dans le choix de la préparation des apprentissages, aucun contenu, numérique ou non, ne peut répondre à toutes les écoles. Sauf si l’école peut l’adapter, donc la licence GPL est ici un choix judicieux.
[MBJ] Une politique protectionniste et parternaliste serait un piège. Plutôt que d’investir dans une consommation passive de logiciels permis, on devrait inverstir dans l’esprit humain, c’est-à-dire former les jeunes, surtout au secondaire, à la recherche, et former les enseignants dans leur rôle de guide vers une pensée critique.
Au chapitre de l’informatique à l’école, le Québec est en train de prendre du retard, alors qu’il y a 20 ans, il figurait dans le peloton de tête. Pourtant, croit Serge Carrier, il n’en tient qu’au MEQ de créer une équipe qui se pencherait sur cette question et qui participerait à la naissance d’une nouvelle industrie, celle de l’édition de matériel éducatif numérique.
[MBJ] Présenter un matériel comme étant du "prêt à porter pédagogique approuvé par le MEQ" serait non seulement de la fausse représentation, mais risquerait de se substituer à une démarche d’appropriation de la réforme en offrant une fausse sécurité. Par le passé, les enseignants étaient encouragés à "suivre le manuel" plutôt que de se centrer sur les besoins et intérêts qui émergent de son groupe ; allons-nous répéter cette ancienne erreur sous une forme à l’apparence moderne ?
[GJ] Le rôle du MEQ est de rédiger des programmes. Je suis d’accord qu’il faut faire autrement. Voir ma suggestion plus haut.
Il y a 20 ans ? Diable, on en était encore au VIC20... Et voyez ce que le MEQ a fait avec ses COMTERMS, et voyez ce que l’Université a produit avec les cours en APO : une tonne de profs qui ont été dégoutés de l’informatique. Le MEQ a écrit un programme qui fait une large part à la compétence TIC il laisse aux différents milieux le soin d’APPLIQUER ce programme. Doit-il investir dans la compétence TIC les dizaines de millions (par année, pour commencer) que suggère dans un autre article M. Bertrand ? Je suis pour ma part absolument convaincu qu’il vaut beaucoup mieux regarder vers le développement d’applications libres facilement adaptables par les écoles de la province.
[PL] Prendre du retard sur qui ? Ces « étalons » de mesures ont-ils mis en branle une réforme de l’éducation comme la nôtre ? Où les savoirs ne sont plus enseignés mais appris ! De plus, avant d’affirmer de telles choses, vérifions nos chiffres S.V.P..
Cette « démarche coordonnée », le MEQ est en train de la mettre en branle. Le ministre Sylvain Simard a rencontré deux fois les gens de l’Alliance NumériCQ,
[GJ] Puis-je suggérer à M. Simard de regarder vers le logiciel libre et d’IMPOSER à tous les développeurs qu’il financera que leurs produits soient libres, c’est à dire avec le droit de les utiliser, de les copier, de les modifier et de les distribuer.
[PL] Tenir compte du matériel numérique, M. Simard, serait d’appliquer une stratégie « GPL ». Voyez cet article
« Si ça reste comme ça, les gens vont continuer à faire du piratage, ils vont se décourager et le MEQ perdra toute sa crédibilité », conclut-il.
[GJ] Quel sophisme !!! On ne peut pirater le logiciel s’il est libre. De plus, si les écoles doivent acheter des cédéroms, qu’en sera-t-il des parents qui veulent l’utiliser à la maison parce que son enfant l’utilise à l’école ? Il faut d’abord penser aux enfants, et, à cet effet, je fais entière confiance au professionnalisme des enseignants : ce sont eux les mieux placés pour juger du développement de la compétence TIC, et j’espère qu’au grand jamais ils n’accepteront de se faire imposer des logiciels ou des cédéroms par le MEQ ou des éditeurs.


